Des livres qui comptent
Bonjour,
C’est mon ami Thierry P. qui m’a tagué afin que je dévoile cinq livres qui ont marqué ma vie. Mon inculture littéraire est telle que j’aurai sans doute quelques difficultés pour trouver cinq ouvrages qui ont réellement marqué ma vie. J’ai lu le Procès de Kafka lorsque j’étais encore au collège et Camus, Sartre , Gide et Prévert ont été mes choix pour l’oral du Bac. Mais j’avoue ne plus beaucoup m’intéresser à la littérature depuis de nombreuses années.
Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas est pour moi une très longue histoire familiale qui débute à l’aube du XXe siècle. Mes arrières-grands-parents maternels, qui vivaient non loin de l’auberge du Pont du Gard de Caderousse, avaient suivi « l’affaire » avec beaucoup de passion. Ils décidèrent de prénommer leur fils ainé Dantès ! Mais celui qui fut envoyé à la mairie pour les formalités, ne se souvenant plus du prénom étrange, dit à l’édile de la mairie : « Mais oui, tu sais bien, comme le Comte de Monte-Cristo ». C’est comme ça que mon grand-père fut prénommé… Edmond ! Quelques décennies plus tard, celui-ci réussit finalement et non sans mal, à prénommer son fils ainé Dantès. Le roman d’Alexandre Dumas fait ainsi partie de notre identité familiale et c’est dès le plus jeune âge que je me suis familiarisé avec ce récit. J’ai commencé par les deux tomes de la bibliothèque verte et je n’oublierai jamais l’énorme livre offert par ma mère, dont les pages devaient être séparées unes à une, ce qui me lamentait, surtout parce que j’étais incapable de les couper proprement. Pour conclure sur cette saga, sachez que mes enfants m’ont récemment offert une magnifique édition sur velin en quatre volumes reliés cuir et que je ne peux m’empêcher de regarder à la TV la plupart des rediffusions des multiples adaptations de ce chef-d’œuvre.
Le théorème mathématique autant que philosophique de l’incomplétude, abordé dans Gödel, Escher, Bach, les Brins d’une Guirlande Éternelle de Douglas Hofstadter, est une perpétuelle réjouissance de l’esprit et je ne me lasse pas des miroirs magiques qui reflètent l’œuvre de ces trois génies. Un jour peut-être vous dirais-je comment j’ai compris le sens profond de l’incomplétude. Encore une histoire de prénoms…
À l’heure où l’on commémore Albert Camus, je me souviens de L’Étranger qui fut mon sujet à l’oral du bac. De manière tout à fait inhabituelle, l’examinatrice bourguignonne m’a fait lire les premières lignes du roman et nous n’avons parlé que des deux premières phrases… pendant plus d’une demi-heure !
Aujourd’hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
Avant de vous dévoiler trop impudiquement toute mon intimité depuis ma plus tendre enfance, je m’arrêterai à ces trois livres et je transmets le tag à Chantal et à Olivier.
À très vite !
BGR

la règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle car nous ne penserons jamais tous de la même façon













Ce serait intéressant de connaître tes idées sur l’incomplétude. Je suis intrigué par ce bouquin depuis que tu l’as cité. En tout cas, avec Bach et Escher, j’aurais peut-être déjà deux points de repères
Un autre passionné par l’incomplétude, tiens
Billet très touchant Bernard.
C’est vraiment sympa de savoir que ton grand-père s’appelait Edmond à cause d’un roman d’Alexandre Dumas.
Tu dis ne pas être un grand littéraire mais je me souviens que tu as beaucoup voyagé au fil des histoires de Jules Verne !
Quant à l’incomplétude… Ne serions-nous pas, nous humains, la définition même de ce qui est inachevé et impossible à expliquer ou définir. L’idée de Dieu est une parfaite incomplétude puisque ne pouvant pas prouver son existence, nous ne pouvons pas non plus la nier.
Et la pensée animale (humain ou non) est ce qui me semble le plus mystérieux à expliquer. A moins de nous imaginer tel un ordinateur qui soit pour le moment supérieur à tout ce qui peut être encore construit.
BGR, j’aimerais beaucoup que tu nous parles de ton incomplétude à toi.
Il faudrait que je lise « les brins d’une guirlande éternelle » avant.
J’ai bien lu votre billet; vous écrivez bien, comme quoi il n’est pas besoin de faire preuve d’un grand talent de littéraire pour bien écrire; je vous avouerai que je lis très peu de littérature contemporaine mais j’ai beaucoup apprécié votre référence à Alexandre Dumas avec le Comte de Monte Christo (que j’aimerais bien lire un jour). Actuellement, je termine les quelques Balzac de la Condition Humaine que je n’ai pas encore lus (notamment ceux consacrés à la vie rurale en dehors du Lys dans la vallée et des Chouans). Votre écriture est abondante et fluide et vous semblez de ce fait peut être plus que vous ne le pensez avoir été marqué par la qualité des auteurs contemporains que vous citez. J’avoue n’en n’avoir lu presqu’aucun, ayant longtemps préféré me réfugier dans la littérature des historiens de l’Antiquité. Quant à l’incomplétude, je suis intimement convaincu que vous êtes au coeur d’une problématique qui dépasse la stricte histoire du sujet pensant et agissant. Le coeur du projet Démocrate n’est il pas en effet de mieux cerner les contours de cette « incomplétude » pour dépasser l’espoir et atteindre la Paix ?
Bien amicalement,
L’une des idées qui me plait le plus dans les travaux de Gôdel sur l’incomplétude consiste à considérer que les vérités sont généralement dépendantes du référentiel dans lequel on se place.
J’ai été confronté plusieurs fois à ce genre de situation dans ma vie de développeur informatique. Les concepteurs et les utilisateurs d’un logiciel travaillent des deux cotés d’un même outil. Mais que se passe-t-il lorsque l’utilisateur utilise l’outil à d’autres fins que celles qui ont été prévues par les concepteurs ?
As-tu un exemple d’utilisation absolument imprévue ? Je pense à la bombe atomique qui malheureusement a été inventé grâce aux travaux d’Albert Einstein ! http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Einstein
Il y a un moment dans mon enfance qui m’a véritablement désespéré après la première exaltation de la découverte, c’est le moment précis où je me suis rendue compte de l’infini. Ce concept d’infini concrétisé par le fait que nous pouvons compter sans aucune limite. Pour moi de le comprendre a été à la fois extraordinaire mais épouvantable. Puisque jamais l’humain ne pourra rien maîtriser !
Est-ce cela l’incomplétude ?
Oups… correction : « a été inventée » et « m’a véritablement désespérée »…
@BGR,
Les niveaux de réalité, je crois plutot que de vérité.
Basarab Nicolescu?
Le plus surprenant dans l’incomplétude au sens mathématique c’est qu’elle ne concerne pas les questions transcendantales mais les systèmes formels. La preuve ou la non preuve de l’existence de dieu, la réalité d’un sentiment et l’infini sont certes des questions pour lesquelles notre perception n’est jamais complète.
Gödel a prouvé que dans un système formel, il est TOUJOURS des assertions, vraies ou fausses, dont on ne pourra JAMAIS prouver qu’elles sont vraies ou fausses.
Exact Bgr,
:
Cela mérite un petit lien plus actuel
http://www.caravancafe-des-arts.com/Basarab-Nicolescu-Le-Monde-quantique.htm
@+
Je ne connaissais pas Basarab Nicolescu. Les propos cités sont riches et méritent une lecture approfondie. Il est toujours réjouissant de constater que les plus grands penseurs savent ne pas s’enfermer dans leur « petite » spécialité.