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Mardi 17 novembre 2009

Avoir eu 23 ans au XX° siècle…

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Bonjour,

Il n’a fallu que quelques heures pour que Thierry P. réagisse au tag proposé dans le billet précédent. Et quelle réaction, croustillante de verve et de détails que je livre à votre lecture avec un plaisir non dissimulé.

Merci à BGR qui me fait l’honneur redoutable de me refiler la patate chaude.

Se souvenir de ses 23 ans est un exercice qui relève de la haute voltige. Que sélectionner parmi la masse de souvenirs qui se sont sédimentés dans ma mémoire ?

Comme beaucoup, j’étais sur les bancs de l’université. Sursitaire au yeux du service national, j’avais obtenu une dérogation pour achever mon année. Sans entrer dans tous les détails des journées d’un étudiant qui étudiait, je mets en exergue un voyage que j’avais décidé de faire pour aller étudier sur place l’œuvre de MM Ceineray & Crucy architectes et urbanistes qui ont remodelé la ville de Nantes à l’époque classique (fin XVIII°- début XIX° siècles). Le cocasse dans ce voyage, fut d’arpenter une ville que je ne connaissais que par les plans d’urbanisme du XVIII° que j’avais en tête ! Depuis, je garde pour Nantes, ville où j’étais arrivé par le seul hasard d’un travail universitaire à rédiger beaucoup d’attachement.

Sinon que dire encore de la fac ? J’avais fait adopter le principe du sabordage de l’association d’étudiants dont j’étais secrétaire à la suite des tentatives d’infiltration et de noyautage par des membres de la droite extrême. Un jour, j’avais eu la désagréable surprise de découvrir des battes de base-ball entreposées dans notre local associatif. Ceci pour rappeler que les rapports entre étudiants étaient autrement plus tendus et clivés qu’aujourd’hui.

J’ai décroché cette année-là un job de trois mois à la chaîne des inscriptions de ma fac où j’étais en charge de la vérification des dossiers avant leur saisie sur informatique. On avait établi un record pour une amie pressée de lui confectionner sa carte d’étudiant en moins de 10 minutes. Nous y parvinrent en 7 minutes chrono ! Je me souviens d’avoir commencé ce boulot en fac avec les mains violettes. Mine de rien, les vendanges que j’avais faites auparavant dans le Beaujolais avaient laissé des traces indélébiles pendant quelques jours.

Un jour de novembre, ma mère m’avait appelé alors que je bossais à la fac. Je venais de recevoir mon affectation. Ma mère, me lut au téléphone « Fribourg ». Quelle drôle d’idée avais-je dit immédiatement à mes collègues. L’armée va m’envoyer en Suisse !!! Ce n’est que le soir que je compris que c’était Fribourg-en-Brisgau en République Fédérale d’Allemagne. J’ai rejoint mon affectation en deux temps. La veille, j’avais fait un crochet par Thann où j’avais alors de la famille.

J’ai fait le trajet Mulhouse – Strasbourg, le lendemain matin, dans la voiture d’un wagon restaurant d’un train international, belle table, petit déjeuner royal, nappe damassée blanche, bouquet, dernier petit plaisir avant d’endosser la couleur kaki que j’allais porter quelques mois. De la gare de Strasbourg, je garde le souvenir d’un long tunnel à traverser. Il aboutissait de l’autre coté dans une caserne où nous étions triés et estampillés « aptes pour le service ». Je me souviens que je n’avais pas voulu répondre à la question « religion ». Après négociations et palabres, j’avais admis que j’étais baptisé, donc mon dossier militaire comporta la mention « catholique ». En fait, je sus pourquoi plus tard. L’armée demandait la religion de ses recrues au cas où il aurait un conflit car ça leur faciliterait la tâche pour poser une croix, une étoile de David ou un croissant sur les tombes si d’aventure le soldat tombait au champ d’honneur !

Arrivée dans la caserne à Fribourg en fin de journée… C’était une de ces casernes qui avaient été construites sous le III° Reich pour y cantonner les troupes. Cris des corbeaux dans les branches des platanes… Ambiance assez lugubre. Passage à la tondeuse, paquetage etc ! L’incorporation était faite. J’allais passer des mois dans ce bout d’Allemagne qui allait me servir de base pour découvrir un beau pays que je ne connaissais pas. Que dire de plus ? Quand le nuage de Tchernobyl nous passa par dessus la tête, j’appris par ma famille qui était pas loin de l’autre coté en Alsace, que le Rhin avait été un formidable barrage. La France était épargnée !!!

Puis ce fut le retour à la vie civile, la vraie vie. Et c’est une autre histoire…

Thierry P.

Merci Thierry pour ce témoignage d’un « vieux » sursitaire de vingt-trois ans… Nous avons vécu nos épopées militaires au même âge, mais les événements relatés montrent clairement que dix ans les séparent.

À très vite !

BGR

Magie du Pays Basque et du Béarn 6

la règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle car nous ne penserons jamais tous de la même façon

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14 commentaires pour Avoir eu 23 ans au XX° siècle…

  • Thierry P.

    Merci BGR.
    La caserne où j’ai passé cette année a depuis lors été transformée en éco-quartier.

  • LCDM

    L’armée demandait la religion de ses recrues au cas où il aurait un conflit car ça leur faciliterait la tâche pour poser une croix, une étoile de David ou un croissant sur les tombes si d’aventure le soldat tombait au champ d’honneur !

    c’est joyeux

  • Très beau texte. Ces 23 ans vécus à la fac, à l’armée, avec ces détails touchants qui te sont revenus et que tu nous fais partager. J’aime beaucoup la manière dont tu écris et jeune homme que je découvre dans ces lignes…
    (°o¨…

  • Thierry P.

    @ CdM
    « Joyeux » c’est peu de le dire ! A cette époque, le mur de Berlin était encore debout, j’ai même eu droit à des séances « éducatives » sur les troupes du pacte de Varsovie.

    @ Passage
    Merci de ton passage ^^
    On a tous été jeunes… Tiens au fait, et si je te tagguais ? Et toi à 23 ans ?

  • « Je me souviens d’avoir commencé ce boulot en fac avec les mains violettes. Mine de rien, les vendanges que j’avais faites auparavant dans le Beaujolais avaient laissé des traces indélébiles pendant quelques jours. »
    Ah voilà des tatouages acquis plutôt noblement !
    Bravo pour ton récit : ton style est toujours aussi brillant et laisse en haleine… Que faisais-tu à 33 ans ? ;-)

  • Thierry P.

    A Françoise des Landes
    Il y aurait une nouvelle chaîne ?
    33, département de naissance ;-)
    Joker pour mes 33 ans…

  • Mais non, c’était dans l’espoir de te faire raconter encore d’autres aventures, nous faire visiter d’autres coins… Et si j’essayais 43 ans ?! ;-)

  • Thierry P.

    @ FB 40
    Tsss :-)

  • @ ThierryP

    Sourire… à 23 ans… Euh… parler de ça sur un blog serait du même effet que le jour où Michel Samson, en plein repas, et devant nombre d’homo politicus, m’a demandé ce que je faisais dans la vie…

    Mais soit! J’assume…. Parce que, et seulement parce que c’est toi qui me le demandes

    (°o^…

  • Thierry P.

    @ FB 13
    Ce Monsieur Samsom en a de bien bonnes.
    Sa question me fait songer que souvent on ne demande pas aux gens ce qu’ils sont mais ce qu’ils font.
    Un ami américain s’était présenté à moi « Hi I’m X, I earn half a million $ », je ne sus pas lui traduire « tu m’en vois ravi ! » En fait, l’épaisseur d’un personnage ne se mesure pas à l’aune de son compte en banque, ni chez les homo politicus aux scores électoraux ;-)

  • BGR

    Et dire que nous avons élu un « américain » bling-bling…
    Tu ne m’en vois point ravi !

  • [...] Avoir eu 23 ans au XX° siècle [...]

  • Jacky

    Pourquoi avons-nous supprimé le service militaire?
    A mon avis, il aurait été préférable de laisser les jeunes choisir s’ils avaient un emploi, d’aller travailler après leur étude et les sans emploi leurs faire signer un engagement de trois ans pour leurs apprendre un métier en formant des engagés S/O ou Officiers qui ceux-ci auraient été supervisé par des patrons de temps en temps.
    C’est une question qui ne se résoud pas en 8 lignes
    et qui serait à élargir pour éviter tous ces jeunes qui sont sans emploi et surtout sans métier car dans le bâtiment nous avons du travail mais « IL FAUT UN METIER » ou avoir de très bonnes connaissances.

  • BGR

    Autant je pense que nous avons effectivement beaucoup à faire pour que chaque enfant bénéficie d’une formation solide et suffisante pour aborder le monde du travail sereinement, autant je pense que ce n’est pas une question militaire.

    Ce n’est pas à l’armée de palier aux déficiences de l’éducation nationale.